mardi 22 février 2011

L'énergie au coeur des débats


Alors que le gouvernement affichait des objectifs ambitieux en termes d’énergies renouvelables, certaines tentations d’ordre économique amènent les responsables politiques à mettre parfois l’environnement au second plan. J-L Borloo, ancien Ministre de l’Ecologie, de l’Energie et du Développement Durable a ainsi autorisé courant 2010 plusieurs industriels à exploiter le gaz de schiste présent dans les sols français, sans prise en compte des impacts environnementaux que cela engendre. Au-delà de la polémique sur le gaz de schiste, l’actualité nous informe d’une nouvelle réglementation pour le marché du photovoltaïque. Retour sur ces débats qui détermineront le marché énergétique français de demain.


Le gaz de schiste : fort impact sur l’environnement

L’exploitation du gaz de schiste consiste à forer le sol sur environ 2000 mètres de profondeur et d’y injecter à forte pression des milliers de mètres cubes d’eau, du sable ainsi que près de 500 produits chimiques différents (méthode dite de fracturation hydraulique). Cette méthode permet de fissurer la roche souterraine qui libère alors un gaz qui sera ensuite acheminé vers la surface. Chaque forage ne permettant d’extraire qu’une quantité limitée de gaz, il faut créer un grand nombre de puits pour exploiter cette ressource (environ tous les 200 mètres).


Les dégâts écologiques sont multiples : pollution des nappes phréatiques impliquant des dangers de santé publique, gaspillage de l’eau (utilisation massive d’eau douce – près de 10 millions de litres d’eau par puits), utilisation massive de camions pour le processus de retraitement des eaux et détérioration des paysages. Ces exploitations sont fortement répandues notamment aux Etats-Unis et au Canada. Le gaz de schiste représente en effet 15 à 20% de la production totale de gaz aux Etats-Unis.


Malgré les controverses relatives à ces exploitations sur le continent américain, notamment dénoncées à travers le documentaire « Gasland », les industriels Total, GDF, Schuepbach et Devon ont obtenu trois permis d’exploitation en mars 2010 sur les départements de l’Ardèche, de la Drôme, de la Lozère, de l’Hérault, du Gard et du Vaucluse (près de 10 000 km2 au total). L’autorisation quant à la prospection de gaz de schiste a été délivrée par l’ancien ministre de l’Ecologie, de l’Energie et du Développement Durable, M J-L Borloo, faisant ainsi abstraction des engagements du Grenelle de l’Environnement. L’objectif pour la France serait d’augmenter son indépendance énergétique en limitant les importations depuis les Etats-Unis. Cette autorisation a été délivrée par le ministère en toute opacité, sans concertation des élus locaux concernés qui demandent de fait une annulation de ces permis d’exploitation.

Face aux nombreuses oppositions notamment portées par José Bové, les élus locaux, ainsi que l’ensemble des associations environnementales, Nathalie Kosciusko-Morizet, Ministre de l’Ecologie, ainsi que Eric Besson, Ministre de l’Industrie, de l’Energie et de l’Economie Numérique ont demandé aux industriels de reporter leurs travaux d’exploration et ont commandité une étude relevant notamment les impacts environnementaux au Conseil général de l'industrie, de l'énergie et des technologies (CGIET) et au Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD). Ce n’est pas assez selon les opposants au gaz de schiste qui réclament à ce que les permis d’exploitation soient purement et simplement annulés.

Nathalie Kosciusko-Morizet se veut rassurante : si l’exploitation du gaz de schiste devait se faire en France, elle n’impliquerait pas l’utilisation de la technologie américaine dont on connaît en partie les impacts environnementaux. Dans le cas contraire, ces gisements ne seraient pas exploités. Pour sa part, le PDG de Total ne comprend pas les vives réactions de l’ensemble des parties prenantes tant que les industriels n’aient pu déterminer le potentiel existant en France…


Nouvelle réglementation sur le marché du photovoltaïque

Les énergies renouvelables restent cependant au cœur des préoccupations du gouvernement. Ainsi, le rapport Charpin-Trink délivré au gouvernement fait état du marché du photovoltaïque en relevant un certain nombre de questions essentielles. Comment estimer la valeur de l’électricité produite via ce procédé ? Comment faire pour que ce marché soit rentable et moins favorable aux producteurs? Quel dispositif de soutien de la filière le gouvernement doit-il adopter ? Egalement, à combien de MW annuel doit se limiter le développement de la filière ? L’objectif est de faire face à une véritable bulle spéculative à laquelle le marché du photovoltaïque doit faire face, victime de son succès. Le 9 mars prochain se terminera la période de suspension d’achat de l’énergie solaire qui a débuté le 2 décembre dernier. Le gouvernement devra ainsi présenter une nouvelle règlementation pour le photovoltaïque à partir du 8 mars prochain.


2011 semble ainsi être une année charnière concernant la gestion de l’énergie en France. Au-delà des débats concernant le gaz de schiste, et, à une autre échelle, la régulation du marché du photovoltaïque, se pose également le problème de la flambée du prix du pétrole dont le cours a atteint la valeur de 106 € ce jour à Londres, favorisée par une intensification des violences en Lybie. Affaire à suivre…



Sources et compléments d’informations :

« Gaz de schistes, toujours plus loin... toujours plus sale ! », Les Amis de la Terre, 21/01/2011
http://www.amisdelaterre.org/Gaz-de-schistes-toujours-plus-loin.html

Application expliquant le processus d’extraction du gaz de schiste – site OWNI :
http://app.owni.fr/gaz/


« Le gaz de schiste vu d’en haut » - Photographie - Usine Nouvelle, 22/02/2011
http://www.usinenouvelle.com/article/le-gaz-de-schiste-vu-d-en-haut.N147012

« Le rapport Charpin-Trink sur le photovoltaïque pose des questions sans prendre position », L’Agefi, 22/02/2011
http://www.agefi.fr/articles/Le-rapport-Charpin-Trink-photovoltaique-pose-questions-prendre-position-1169373.html

« Photovoltaïque : le rapport Charpin-Trink marque la dernière phase de la concertation », Environnement-online.com, 14/02/2011
http://www.environnement-online.com/presse/environnement/actualites/2160/energie-photovoltaique/photovoltaique-le-rapport-charpin-trink-marque-la-derniere-phase-de-la-concertation

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