lundi 8 novembre 2010

Actualités sur le nucléaire en Europe

Le convoi radioactif France - Allemagne

Après un voyage de trois jours, le « convoi le plus radioactif du monde » tel que qualifié par l’ONG Greenpeace, est arrivé en gare de Dannenberg en Allemagne ce lundi 8 novembre. Ce convoi, qui a quitté la gare de Valognes (Normandie) vendredi dernier, contenait un total de 11 « Castor » (Cask for storage and transport of radioactive material), eux-même constitués de 28 « Canisters » (conteners composés de déchets vitrifiés). Plus concrètement et selon les données de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, c’est au total une radioactivité de 3 000 PBq (Peta Becquerel) qui a été acheminée vers l’Allemagne, soit 10 fois plus que la radioactivité dégagée par la catastrophe de Tchernobyl. Greenpeace a ainsi mobilisé de grands moyens contre ce convoi, d’une part en incitant les citoyens à intervenir par le biais de manifestations ou d’opérations de blocage pacifiques ; et d’autre part en portant plainte contre Areva pour ne pas avoir respecté les contraintes de sécurité pourtant indispensables pour ce type de convoi. En effet, les déchets radioactifs auraient été entreposés en gare de Valognes en date du 25 octobre, pour un départ prévu 10 jours plus tard, dans une Installation Nucléaire de Base (INB) non déclarée (les INB doivent être autorisées par décret par l’Autorité de Sureté Nucléaire et soumises à enquêtes publiques). Le trajet prévu pour le convoi a ainsi été interrompu à diverses reprises par plusieurs dizaines de milliers de manifestants d’abord en France, puis en Allemagne, destination finale des déchets nucléaires. Et, en Allemagne tout comme en France, les déchets radioactifs seront entreposés dans un lieu inadapté pour le stockage de déchets dangereux, c’est-à-dire dans un hangar de Gorleben. Sylvain Trottier de Greenpeace a ainsi dénoncé l’impasse dans laquelle l’on se trouve : « Il n’existe aucune solution viable pour les déchets nucléaires. Personne n’en veut et personne ne sait quoi en faire ».

Commission européenne : enterrer les déchets nucléaires pour mieux les gérer

Ce constat a également été fait par la Commission européenne qui a présenté de fait le 3 novembre dernier un projet de directive sur la gestion des déchets nucléaires basé sur le stockage en profondeur. Chaque année, ce sont près de 7000 m3 de combustibles usés issus des 147 centrales nucléaires d’Europe qui sont stockés dans des entrepôts ou installations provisoires. Il n’existe actuellement pas d’installations de stockage définitif. La Commission, avec l’appui d’experts scientifiques et techniques, a ainsi fait le choix des installations de stockage souterraines. La directive est prévue pour 2011. Les Etats membres auront alors un délai de 4 ans afin de mettre en place un programme national allant en ce sens. Les pays détenant peu de centrales, ce qui n’est pas le cas de la France, auront la possibilité de mutualiser la gestion des installations de stockage. Heureusement, la directive interdit la création d’installations de stockage dans des pays tiers. Par ailleurs, bien que la Commission souhaite que la population soit informée et qu’elle intervienne dans les décisions relatives à la gestion de ces déchets nucléaires, le Réseau Sortir du Nucléaire dénonce « une orientation dangereuse et antidémocratique » dans le sens où le projet de directive a été élaboré sans réelle consultation de la population.

Action de la population face au nucléaire ?

Mais que peut faire la population lorsqu’elle s’oppose au nucléaire ? Des associations et ONG telles que Greenpeace tentent d’orienter la population afin de faire entendre sa voix. Ainsi Greenpeace intervient au nom de la société civile en portant plainte contre Areva, organise des actions de mobilisation d’ordre pacifique, notamment pour ralentir les convois de déchets nucléaires,… Greenpeace se donne également pour rôle d’informer la population. Ainsi, l’ONG a été à l’initiative d’une vidéo qui se veut synthétique et pédagogue afin d’expliquer le rôle des banques vis-à-vis des activités nucléaires, en pointant notamment du doigt la BNP Paribas, principal financeur de ce type de projets. L’argent des épargnants est en effet réinvesti dans divers projets : dans des projets publics, des activités spéculatives mais également dans des projets privés tels que l’extraction de pétrole ou les activités nucléaires (dont la centrale Angra 3 au Brésil conçue à partir d’une technologie considérée comme obsolète datant de plus de 30 ans), ces derniers étant la plupart du temps soutenus par des garanties d’Etat. La vidéo est visible sur le site : http://ouvavotreargent.com/

Le nucléaire en Europe : zoom sur l’Italie, l’Allemagne et la France

Par ailleurs, ce début de mois a également été marqué par la création en Italie d’une nouvelle agence de sûreté nucléaire. La création de cette nouvelle agence entre dans le cadre de la stratégie énergétique nationale qui vise à développer l’activité nucléaire de l’Italie, en collaboration notamment avec EDF - EDF participera également à la construction d’un réacteur nucléaire aux Pays-Bas, en partenariat avec Delta.

En Allemagne, le convoi de déchets radioactifs intervient une semaine après l’autorisation par les députés d’allonger la durée de vie des réacteurs nucléaires en dépit de son engagement de limiter leur activité à horizon 2020. Cependant, malgré les progrès établis par l’Allemagne dans le cadre des énergies renouvelables, l’allongement de la durée de vie des réacteurs était, semble-t-il, la seule solution alternative au charbon dont l’Allemagne dépend encore beaucoup.

En France, le nucléaire représente un véritable business, et pas seulement en faveur de BNP Paribas. En effet, la visite du président chinois Hu Jintao à l’Elysée a été l’occasion de signer une série de contrats d’une valeur totale de 16 milliards d’euros. Ainsi, Areva a conclu un contrat avec le producteur d’électricité chinois pour la construction d’une usine de retraitement du combustible nucléaire et la fourniture de 20 000 tonnes d’uranium sur 10 ans et a négocié la livraison de deux réacteurs de type EPR ce qui, malheureusement pour Areva, n’a pas aboutit sur un contrat ; Alstom, pour sa part, fournira les équipements aux centrales nucléaires pour la somme de 15 millions d’euros.


Sources et compléments d’information :

Actualités News Environnement, « Le train de l’enfer continue sa route » (08/11/2010)
http://www.actualites-news-environnement.com/24415-train-enfer-continu-route.html

Actu Environnement, « Déchets nucléaires : la Commission européenne propose d’encadrer l’enfouissement en profondeur » (04/11/2010)
http://www.actu-environnement.com/ae/news/dechets-nucleaires-directive-europe-stockage-andra-11305.php4

Enerzine, « Greenpeace attaque Areva pour entreposage illégal » (05/11/2010)
http://www.enerzine.com/2/10716+greenpeace-attaque-areva-pour-entreposage-illegal+.html

Europe 1, « Italie: L'agence de sûreté nucléaire inaugurée » (05/11/2010)
http://www.europe1.fr/International/Italie-L-agence-de-surete-nucleaire-inauguree-304155/

Développement Durable Le Journal, « France Chine : de l’énergie à revendre » (08/11/2010)
http://www.developpementdurablelejournal.com/spip.php?article7149

Usine Nouvelle, « Nouveau réacteur nucléaire aux Pays-Bas : EDF avait posé ses jalons » (05/11/2010)
http://www.usinenouvelle.com/article/nouveau-reacteur-nucleaire-aux-pays-bas-edf-avait-pose-ses-jalons.N141141?xtor=RSS-215


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